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Phytopaysage - Jérémy Bordages

Rencontrez notre Jérémy Bordage, membre-locataire de la Parcelle des possibles et fondateur de Phytopaysage, une entreprise horticole dédiée à la culture de plantes indigènes.

Jérémy Bordages, tout sourire, devant ses plantes indigènes.

L'adresse de la nature

Sur le perron de l’Avant-Champ, Jérémy Bordage parle du paysage comme d’un être vivant qu’il faut d’abord comprendre avant d’espérer pouvoir le façonner. Fondateur de Phytopaysage, une entreprise dédiée à la production écologique de plantes indigènes, il conçoit chaque aménagement non pas comme la somme de ses parties distinctes mais plutôt comme un tout unifié.

Il travaille avec des clients provenant de plusieurs secteurs (institutions gouvernementales, particuliers, pépinières commerciales, groupes environnementaux, municipalités, et institutions scolaires) qui l’invitent à venir travailler sur des projets d’aménagement en tant que consultant ou producteur. Peu importe le projet, son approche et sa philosophie demeurent la même : 
 


Pour moi, chaque projet doit d’abord débuter avec l'écoute attentive de ce que la nature a à dire. C’est elle qui nous guide et c’est l’expression de ses mécanismes, de sa logique que j’amplifie dans mon travail.

Animé d’un esprit scientifique vif, Jérémy est aussi peintre depuis plusieurs années. Il transpose dans son métier ce regard hybride, curieux, aiguisé et cette disposition sensible à accueillir le monde. Il s’outille de ses observations comme un artiste de ses pinceaux et construit ses aménagements en toute connaissance de la réalité biologique des plantes qu’il emploie. Il s'inspire de la nature qui « ne fait jamais d’erreur », comme le lui rappelle fréquemment sa professeure de peinture, pour équilibrer les tableaux vivants qu’il crée.

Forgée par cette double perspective, l’entreprise Phytopaysage se distingue en proposant des solutions concrètes pour réconcilier esthétique, fonctionnalité et biodiversité au bénéfice de tous. Jérémy renchérit : « La nature, il faut travailler avec elle et comprendre ses grandes règles. On ne peut pas se battre contre elle. C’est pourquoi la production de plantes indigènes est au coeur de mon projet. » 
 


Du concombre sauvage nous accueille sur le lopin de Phytopaysage

La naissance d’une vocation 
 
 


Son amour pour la flore locale s’est révélé au fil de ses expériences scolaires et professionnelles, comme une destination inévitable.

Enfant, je voulais être fleuriste, se souvient Jérémy. Ensuite, botaniste. Puis à l‘université, biologiste, mais je n’avais pas les notes... J’ai gradué en 2012 à l’UdeM en Architecture de paysage. Je suis ensuite allé au HEC en Création d’entreprise et en Comptabilité; je rêvais d’une pépinière ou on réconcilierait faire et penser.

Fort de ses acquis théoriques, il a ensuite travaillé dans le milieu horticole en constatant de près l’incohérence de certaines pratiques conventionnelles et leurs effets délétères sur la santé des écosystèmes.

À force de travailler sur le terrain, de devoir répondre aux exigences souvent bien intentionnées mais mal avisées de la clientèle, j’ai voulu bâtir un modèle plus cohérent, où chaque geste d’aménagement devient un geste de réparation. Pour qu’on aiguille la nature sainement au lieu de la brider et la contraindre à correspondre à ce qu’on voudrait qu’elle soit. Créer un aménagement, ce n’est pas seulement dessiner un plan, dit-il. C’est donner naissance à un lieu où la vie s’organise harmonieusement.

Au centre du travail de Jérémy réside donc cette compréhension holistique du monde où, pour emprunter une expression parfois galvaudée, tout est en tout. Pour lui, le paysage est donc une histoire relationnelle. 


Échinacée commune.

Gardiennes de la mémoire

De tous les points de vue, travailler avec les plantes indigènes, c’est un peu, selon Jérémy, bonifier son coffre à outils. Il se plaît à appuyer la métaphore du peintre qui enrichit sa palette de nouvelles couleurs et de nuances oubliées. En intégrant des espèces locales au profit des variétés horticoles conventionnelles perçues à tort comme plus « faciles » à travailler, on décloisonne tout un pan de l’arc-en-ciel.

Il ajoute, passionné : 


Les plantes indigènes sont encore mal connues. Les gens pensent souvent qu’elles sont « sauvages » ou difficiles à gérer. Pourtant, elles sont parfaitement adaptées et demandent très peu d’entretien. En plus, d’un point de vue écologique, elles ne sont pas seulement esthétiques, elles portent la mémoire de notre écosystème. Elles évoluent avec lui, nourrissent les pollinisateurs, stabilisent les sols et renforcent la résilience du paysage face aux changements climatiques, aux maladies, aux ravageurs et j’en passe. Aussi, elles participent à la lutte contre les espèces invasives, dont l’introduction est parfois même due à l’industrie horticole. On pense au fusain ailé par exemple...

C’est surtout en pensant à l’avenir que Jérémy s’efforce de préserver le bagage génétique des plantes indigènes. Elles portent en germe des solutions aux défis environnementaux qui pointent le bout de leur nez et avec lesquels nous devrons composer. 
D’ailleurs, quand il n’est pas au champ, penché sur ses caissettes de semis et de plantules, on peut croiser Jérémy dans la région, arpentant les friches et flânant le long des routes à la recherche de semences. « Je suis toujours dans les fossés en train d’arracher des hautes herbes, dit-il en riant. »

Jérémy observe une floraison.

Semer le savoir 

Par la production de capsules vidéo sur ses réseaux, d’ateliers et de conférences dans toutes sortes de milieux, Jérémy souhaite partager sa passion et contribue, en quelque sorte, à  reformater le regard des gens. En révélant et en mettant en valeur toute la beauté des plantes indigènes, il oeuvre à transformer leur perception et éventuellement à stimuler leur appréciation. « C’est un phénomène de domino assez simple; plus les gens apprivoisent quelque chose, plus ils  trouvent ça beau et plus ils s’y attachent. C’est comme ça qu’ils finissent par vouloir le protéger. » 
 


Son approche pédagogique repose sur l’expérience directe : toucher, observer, comprendre, de la tête à la racine. 

Dans mes ateliers, je voudrais parler de la plante comme d’un être vivant, pas d’un élément de décor. Ça semble de base dit comme ça mais on est de nos jours vraiment déconnecté du vivant. On doit réapprendre les bases. Quand les gens réalisent ça, leur regard change et souvent, leurs pratiques aussi...

Jérémy, qui est lui-même père de deux enfants, souhaite intéresser la jeune génération à l’immense valeur écologique des plantes indigènes le plus tôt possible. Il remarque que c’est souvent par le truchement du beau, que la curiosité s’aiguise et que le contact se crée. 

Le beau c’est souvent le premier point de contact avec le vivant. Celui qui provoque de l’adhésion. Et pour reconnaître la beauté, il faut comprendre ce que l’on rencontre, d’où ma volonté d’enseigner tout ça de la façon la plus limpide et ludique possible. J’ai l’impression de me répéter, mais c’est ça, tout ça est très cyclique, je n’y peux rien, affirme-t-il, tout sourire.

Des haricots écarlates grimpent sur la structure du tunnel

Pousser ensemble 


Arrivé à l’Avant-Champ en 2024, c’est seulement l’année suivante que Jérémy a constaté tout le potentiel contenu sur la Parcelle des possibles.

Le site est vraiment enchanteur, notre gestionnaire est formidable, on est très chanceux de pouvoir compter sur elle, mais c'est vraiment dans la présence des autres et la possibilité de collaborer avec eux que je mesure toute ma chance.

Jérémy  a notamment établi un lien d’affaires très intéressant avec Fouad Belabbas des Jardins Belaflore, avec qui il développe un programme de culture florale indigène. Ensemble, ils explorent la richesse des espèces locales pour créer des bouquets ornementaux qui parlent d’ici. 
« Travailler avec Fouad, c’est inspirant. On s’apprend mutuellement. On veut montrer que les cultivars québécois sont non seulement beaux mais qu’ils peuvent aussi être au cœur d’une économie durable. » 
 


Cette complicité naissante fait écho aux valeurs de Jérémy : tout est lié et rien ne pousse seul. À l’Avant-Champ, il prend racine au sein d’une communauté ou la mutualisation des savoirs et des ressources nourrit l’écosystème, littéralement. « J’ai très hâte d’avoir d’autres voisins, histoire de découvrir ce qu’on pourrait créer ensemble, dit-il, plein d’espoir. » 
 


Des concombres sauvages hirsutes entre les mains de Jérémy.

Tendre l'oreille

Jérémy pose un regard à la fois poétique et lucide sur un monde en plein changement. Avec Phytopaysage, il nous invite radicalement à renouer avec la nature, dont nous faisons partie, et à construire des paysages où la biodiversité et l’humain cohabitent en équilibre. Ce n’est pas une mince tâche de réactiver la conscience de cette connexion perdue mais Jérémy s’avoue sûr de se trouver au bon endroit. « Je ne vois pas ce que je ferais d’autre avec mon temps sur terre. Je ne veux pas être glauque mais je crois que c’est l’ultime épreuve à franchir; se rappeler au tout. Il en va de notre survie.

Le travail essentiel de Jérémy, à la croisée de l’art, de la science et de l’écologie, témoigne d’une conviction profonde que partage L’Avant-Champ : la nature n’a pas besoin d’être domptée, mais comprise et accompagnée. Elle porte très souvent la réponse aux questions qui nous assaillent. Il ne nous reste plus qu'à tendre l’oreille. Car comme le dit Jérémy, convaincu : « Quand on prend le temps d’écouter le paysage, il finit toujours par nous répondre. » 


 

Jérémy se promène parmi ses plantes.

Pour en savoir plus sur Phytopaysage, ses projets, ses plantes indigènes ou ses ateliers, vous pouvez suivre Jérémy sur Instagram ou Facebook pendant que son site web se refait une beauté!

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