Les jardins Belaflore - Fouad Belabbas

Connaitre pour mieux cultiver

Fouad Belabbas est une des premières personnes qui s’est vu offrir un terrain à l’Avant-Champ, en 2023. Fondateur de la ferme florale Les jardins Belaflore, c’est un entrepreneur sérieux et dédié, un interlocuteur sensible, voire sage, en dépit de son jeune âge.

À l’approche de la trentaine, il peut compter sur les leçons apprises au fil de ses expériences pour mener son projet d’une main sure, tout en soulignant qu’il est un perpétuel apprenant, curieux et à l’écoute de la terre qui lui parle et d’où il puise son engouement. Pour Fouad, cultiver le sol, c’est d’abord comprendre l’écosystème global avec lequel il entre en dialogue. L’absence d’intrants chimiques, le respect de la biodiversité et l’élimination quasi totale du plastique ne sont que quelques-unes des approches privilégiées dans ses pratiques agroécologiques.

Jeune pousse 

Comme beaucoup de gens désireux de s’établir en agriculture, le parcours de Fouad est parsemé de défis qu’il relève un à un, grâce à la solidarité et la générosité des gens dont il fait la rencontre en chemin.   

Après avoir obtenu un DEC en gestion d’entreprise agricole au Collège Lionel Groulx, il a complété un certificat en technologie et innocuité des aliments, à la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal. Pour mettre en application son savoir académique, Fouad a ensuite travaillé dans plusieurs fermes maraîchères, dont la ferme Entre ciel et terre à Sainte-Anne-des-Plaines, où il a pu expérimenter avec une version embryonnaire du projet qui s’enracine désormais à l’Avant-Champ. Il souligne avoir énormément appris de son passage chez Vincent Guénette et Léanne Larocque-Bordeleau. Il en parle avec reconnaissance :  

Mon expérience en tant que producteur de la relève non apparenté, est particulière. Je ne suis pas l’héritier d’une ferme familiale et l’accès à la terre constitue déjà un enjeu majeur. Pouvoir m’associer à des projets déjà établis en complémentarité avec l’offre existante est un avantage significatif. Aussi mais surtout, intégrer les rangs d’une communauté est essentiel, au plan logistique autant qu’humain. Tu ne peux pas débarquer dans un champ et faire ce que tu veux sans infrastructure. Trouver un lieu où les ressources comme l’accès à l’eau, à de la machinerie, aux espaces d’entreposage et de transformation existent déjà, ça vaut de l’or.   

Lors de sa première saison à l’Avant-Champ, alors que l’organisme venait à peine d’être constitué et entamait le défrichement de la parcelle des possibles sur la terre de la Fiducie agroécologique de Boisbriand (FAB) et que l’accès aux ressources sur le terrain était difficile, Fouad a pu compter sur Carmen, voisine et propriétaire de la ferme SADRILOU, pour héberger ses semis dans sa serre chauffée. L’espace alloué a vite débordé et il a traversé une partie de sa production dans la serre du Potager Engagé, qui lui est installé à l’avant de notre parcelle. Fouad ajoute:

Ça a littéralement sauvé ma saison! L’accès à une serre chauffée permet de cultiver des variétés qui ne tolèrent pas les nuits froides. Les célosies, les dahlias, les zinnias auraient été perdus sans l’aide de nos voisins et amis. Perdre un plateau de semis, c’est renoncer à une récolte abondante et ultimement, à des revenus essentiels à la survie d’une jeune ferme florale.  

Des centaurées bleuets ondulent au vent.

Valoriser sa vraie nature

Le producteur s’exprime ensuite  sur sa collaboration avec son voisin, le propriétaire de l'entreprise Phytopaysage Jérémy Bordage:

« Avec Jérémy on essaie de mettre sur pied un programme de culture florale indigène. C’est un expert en la matière. J’apprends énormément de lui », poursuit-il. « Pour la biodiversité, donc le bénéfice de tous, avoir une ferme de fleurs coupées qui multiplie et entretient des variétés indigènes adaptées à notre climat, ça vaut de l’or. » Fouad continue en célébrant l’abondance des verges d’or et des carottes sauvages qui poussent dans les prés avoisinant son lopin. Il se dit fier d’en intégrer librement à ses superbes bouquets.  À ce sujet, il renchérit : 

En revalorisant les fleurs des champs et les variétés locales, en les intégrant à des bouquets composés de fleurs perçues comme plus “nobles” , on modifie progressivement le regard que les gens portent sur notre patrimoine naturel. D’ailleurs, je crois que beaucoup de gens ignorent qu’on cultive des fleurs au Québec et qu’elles sont d’excellente qualité. Je trouve ça important qu’on soit fiers de ça, de notre expertise collective et de notre capacité à créer de la richesse avec nos ressources. 

 Parallèlement, Fouad souligne à grand trait que pour lui, une fleur est évidemment beaucoup plus qu’une simple marchandise. Il parle avec emphase de leur beauté inhérente, de leur qualité hautement symbolique et de leur impact bénéfique sur la santé mentale. Offrir ou s’acheter un bouquet, pour Fouad, c’est veiller à son bien-être.   

Quand on a le privilège d’avoir des fleurs chez soi, on se rappelle quelque chose d’essentiel, de cyclique, dont on fait partie. Quand on fait entrer la nature dans notre maison, ça peut provoquer l’envie de la retrouver partout, et ultimement, d’en prendre soin.   

Portrait de Fouad Belabas aux Jardins Belaflore

Fouad Belabbas, fondateur des Jardins Belaflore

Avoir accès à la terre est une richesse incroyable dont on doit faire profiter les autres. Je trouve ça admirable que l’ancien propriétaire de la parcelle de l’Avant-Champ ait décidé de confier son terrain à une nouvelle génération d’agriculteurs.     

Respecter le patrimoine

Fouad voue un profond respect au métier d’agriculteur et à l’histoire dont est chargé le paysage qu’il habite.  

« Pour moi, c’est une filiation non pas de sang mais de métier, un relais transgénérationnel entre celles et ceux qui savent ce que c’est de valoriser la terre et d’en apprécier les fruits. » Il poursuit : « Avoir accès à la terre est une richesse incroyable dont on doit faire profiter les autres. Je trouve ça admirable que l’ancien propriétaire de la parcelle de l’Avant-Champ ait décidé de confier son terrain à une nouvelle génération d’agriculteurs. »     

«C’est infiniment précieux de pouvoir reprendre un flambeau qui est passé par quelqu’un qu’on ne connaît pas mais qui est notre semblable, en fait. » Fouad ajoute en souriant : « Je respecte l’historique de la propriété : je recycle ce qu’on trouve sur les lieux, comme ces vieilles bouteilles de verre dénichées dans l’écurie que nous nous affairons à rénover en ce moment. J’en ai fait des vases pour mes fleurs et je pense aux personnes qui sont venues avant. »  

Une fourmi arpente un bouton de fleur de tournesol sur le point d’éclore

Précieuse proximité

Fouad souligne que l’Avant-Champ bénéficie effectivement d’un emplacement privilégié, à quelques minutes de Montréal:

Les terres près de la ville, on les perd de plus en plus aux mains de toutes sortes de projets de développement. Ça constitue une entrave à l’intégrité des écosystèmes et un frein important à la création de circuits courts d’approvisionnement.

Il fait par ailleurs remarquer que plus l’éloignement des grands centres est important, plus les opportunités de commercialisation se complexifient, voire disparaissent. Il enchaîne : « Ici, on peut faire de l’agrotourisme, sortir et aller vendre dans des marchés publics, des fleuristes indépendants, etc. La proximité, ça compte. »  

À preuve, sa première saison d’autocueillette est un succès. Fouad se réjouit de l’achalandage du dimanche, alors que des gens de tout acabit viennent construire des bouquets de fleurs coupées!   

Il poursuit en rappelant à lui quelques souvenirs d’enfance, qu’il nous partage, l’air songeur…  

Fouad soigne ses tournesols

L'aube d'une passion

« C’est drôle quand même… Tout petit, j’étais indifférent aux plantes ; je ne m’intéressais qu’aux animaux. Puis un jour, une stagiaire dans ma classe de troisième année m’a offert un petit pot de terre cuite contenant une pousse de tournesol en guise de cadeau de fin d’année. Ce geste m’a profondément touché et je suis tombé furieusement amoureux de mon petit pot. On m’offrait un être vivant dont je devais prendre soin. J’ai senti l’appel des fleurs. C’était tellement soudain et un peu magique… ajoute-t-il en riant. »  

« Je ne me souviens plus de ce qui lui est arrivé, à mon très petit pot, mais je me rappelle distinctement que ça a fait germer en moi une grande passion », avoue Fouad, le sourire aux lèvres. « En 2023 à l’Avant-Champ, j’ai pu finalement semer sur mon lopin de terre un kilo de graines de tournesol récupéré de mes premières floraisons en 2021. Je me suis senti chez-moi. Je pense que mes tournesols et moi, on a un peu trouvé notre maison… »  

Fort de cette première saison prometteuse, Fouad continue son chemin et prévoit ouvrir de nouvelles planches de culture l’année prochaine. De quoi réjouir toutes les personnes amatrices de fleurs coupées de la région ! 

Pour suivre ses projets à venir et s'inscrire à l'autocueillette, vous pouvez suivre Les jardins Belaflore sur Instagram et Facebook.  

  

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